« Tutto andra bene » (Tout ira bien)

Tutto andra bene

Le mot du père Despaux en ce début de confinement pour cause de pandémie Covid-19

Bonsoir à tous,

Encore une belle journée ensoleillée et de beaux échanges sur nos réseaux favoris !

Je soumets à votre sagacité ce texte reçu hier. Il me semble un beau témoignage d'humanité et d'espérance à partager en lien avec l'évangile qui rapporte la guérison de l'aveugle-né.

Que Dieu vous bénisse. Fraternellement.

Jean-Louis

La Speranza (l’Espérance) Texte d'une religieuse qui vit à Milan.

La Speranza en Italie ces jours-ci, c’est le ciel d’un bleu dépollué et provocant, c’est le soleil qui brille obstinément sur les rues désertes, et qui s’introduit en riant dans ces maisonnées qui apprennent à redevenir des familles.

La Speranza, ce sont ces post-it anonymes par centaines qui ont commencé à couvrir les devantures fermées des magasins, pour encourager tous ces petits commerçants au futur sombre, à Bergame d’abord, puis, comme une onde d’espérance – virale elle aussi – en Lombardie, avant de gagner toute l’Italie : « Tutto andrà bene ».

La Speranza, c’est la vie qui est plus forte et le printemps qui oublie de porter le deuil et la peur, et avance inexorablement, faisant verdir les arbres et chanter les oiseaux.

La Speranza, ce sont tous ces professeurs exemplaires qui doivent en quelques jours s’improviser créateurs et réinventer l’école, et se plient en huit pour affronter avec courage leurs cours à préparer, les leçons online et les corrections à distance, tout en préparant le déjeuner, avec deux ou trois enfants dans les pattes.

La Speranza, tous ces jeunes, qui après les premiers jours d’inconscience et d’insouciance, d’euphorie devant ces « vacances » inespérées, retrouvent le sens de la responsabilité, et dont on découvre qu’ils savent être graves et civiques quand il le faut, sans jamais perdre créativité et sens de l’humour. Et voilà que chaque soir à 18 heures, il y aura un flashmob pour tous... un flashmob particulier. Chacun chez soi, depuis sa fenêtre... et la ville entendra résonner l’hymne italien, depuis tous les foyers, puis les autres soirs une chanson populaire, chantée à l’unisson. Parce que les moments graves unissent.

La Speranza, tous ces parents qui redoublent d’ingéniosité et de créativité pour inventer de nouveaux jeux à faire en famille, et ces initiatives de réserver des moments « mobile-free » pour tous, pour que les écrans ne volent pas aux foyers tout ce Kairos qui leur est offert.

La Speranza – après un premier temps d’explosion des instincts les plus primaires de survie (courses frénétiques au supermarché, ruée sur les masques et désinfectants, exode dans la nuit vers le sud...) – ce sont aussi les étudiants qui, au milieu de tout ça, ont gardé calme, responsabilité et civisme... qui ont eu le courage de rester à Milan, loin de leurs familles, pour protéger leurs régions plus vulnérables, la Calabre, la Sicile... mais surtout qui résistent encore à cet autre instinct primaire de condamner et de montrer d’un doigt plein de rage ou d’envie, ceux qui n’ont pas eu la force de se voir un mois isolés, loin de leur famille, et qui ont fui.

La Speranza, c’est ce policier qui, lors des contrôles des « auto-certificati » (permis de se déplacer), tombant sur celui d’une infirmière qui enchaîne les permanences et retourne au front, s’incline devant elle, ému : « Massimo rispetto » (grand respect).

La Speranza bien sûr, elle est toute concentrée dans cette « camicia verde » (chemise verte) des médecins et le dévouement de tout le personnel sanitaire, qui s’épuisent dans les hôpitaux débordés, et continuent le combat. Et tous de les considérer ces jours-ci comme les véritables « anges de la Patrie ».

Mais La Speranza, c’est aussi une vie qui commence au milieu de la tourmente, ma petite soeur qui, en plein naufrage de la Bourse, met au monde un petit Noé à deux pays d’ici, tandis que tout le monde se replie dans son Arche, pour la « survie », non pas des espèces cette fois-ci, mais des plus vulnérables.

Et voilà La Speranza, par-dessus tout : ce sont ces pays riches et productifs, d’une Europe que l’on croyait si facilement disposée à se débarrasser de ses vieux, que l’on pensait cynique face à l’euthanasie des plus « précaires de la santé »... les voilà ces pays qui tout d’un coup défendent la vie, les plus fragiles, les moins productifs, les « encombrants » et lourds pour le système-roi, avec le fameux problème des retraites... Et voilà notre économie à genoux.

À genoux au chevet des plus vieux et des plus vulnérables. Tout un pays qui s’arrête, pour eux...

Et en ce Carême particulier, un plan de route nouveau : traverser le désert, prier et redécouvrir la faim eucharistique. Vivre ce que vivent des milliers de chrétiens de par le monde. Retrouver l’émerveillement. Sortir de nos routines... Et dans ce brouillard total, naviguer à vue, réapprendre la confiance, la vraie.

S’abandonner à la Providence. Et au bout, l’espérance de Pâques, la victoire de la vie à la fin de ce long carême, qui sera aussi explosion d’étreintes retrouvées, de gestes d’affection et d’une communion longtemps espérée, après un long jeûne.

« Courage, n’ayez pas peur : Moi, j’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33) *************

Permettez moi d’ajouter ce très beau message du Cardinal de RABAT, le père Cristobal

Rabat, le 14 mars 2020

Chers frères et soeurs, Je tiens à vous écrire au sujet de la situation créée par le coronavirus dans le monde ; je le fais alors que je viens d’apprendre qu’un de mes frères, un salésien espagnol (que je ne connaissais pas), de 68 ans, vient de mourir en Espagne à cause du coronavirus. Mais je ne le fais pas à cause de cela, bien sûr, mais en pensant au bien commun et à la santé de tous.

1.-PAS PAR PEUR, MAIS PAR AMOUR Nous devons agir dans le respect le plus strict des normes édictées par les autorités, non pas par peur de nous contaminer, mais par peur de contaminer les autres, c’est-à-dire, par amour des autres. Nous devons penser au bien de tous, et cela réclame, comme a dit le Premier Ministre « une réponse avec sérieux, mais sans excès ni affolement » L’annulation des rencontres que nous avions prévues et de la messe dominicale doit être vue comme un acte de solidarité avec l’humanité toute entière et comme un geste d’amour envers nos proches, voisins, collègues, copains, etc.

2.-INTENSIFIER LA PRIÈRE, VIVRE LE CARÊME Heureusement pour prier nous n’avons besoin ni d’un endroit, ni d’un temps précis ; nous pouvons prier toujours et partout. C’est le moment de découvrir ou de recommencer la prière en famille et la rencontre personnelle avec Dieu. Ce Carême que nous sommes en train de vivre nous invite à un jeûne dont nous n’avions jamais pensé : la privation involontaire de l’Eucharistie. Il nous fait vivre littéralement l’invitation de Jésus au sujet de la prière : « Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6, 6) Faisons-nous les uns les autres l’aumône de nous aider avec ces gestes de prudence. Faire tout cela ce n’est pas un manque de foi en Dieu, un renoncement à nos principes ou une manière de décliner de nos responsabilités en tant que chrétiens. Il s’agit plutôt de pratiquer le dicton : « Aide-toi et le ciel t’aidera » Dieu nous a faits intelligents et responsables et nous devons faire de notre mieux pour défendre la Vie, en nous et dans les autres

3.-LES LEÇONS DE CETTE PANDÉMIE « Pour ceux qui aiment Dieu, tout concourt au bien » (Romains 8, 28) La pandémie dans laquelle nous nous trouvons est un mal en elle-même... mais nous pouvons et nous devons en tirer profit. Nous devons apprendre à lire cet événement à la lumière de la Parole de Dieu, en sachant que Dieu est capable de tirer du bien, même en partant de nos péchés et du mal que nous faisons et organisons dans le monde.

Quelques pensées à ce sujet :

1.-Le coronavirus nous rappelle que nous sommes mortels, que nous sommes faibles, que l’homme n’est pas tout-puissant, que la technologie et la science ne peut pas tout résoudre... L’humanité reçoit une leçon d’humilité. Comme a dit le cardinal Rodríguez Maradiaga, « le coronavirus a mis à genoux un monde qui vivait installé dans la superbe ».

2.-La pandémie nous fait constater à quel point nous sommes « un ». Le virus ne respecte pas les frontières et ne fait pas de différences entre un pays et un autre. Et les mesures qu’un pays prend, ont immédiatement des retombées sur les autres, sur l’économie mondiale, sur le commerce et les communications... Il n’y a pas de place pour l’égoïsme et l’individualisme : nous sommes dans le même bateau. Ou nous nous sauvons tous, ou nous sombrons tous ensemble. C’est une occasion pour vivre et faire preuve de solidarité, une occasion de nous sentir citoyens du monde et membres de la seule famille qui est l’humanité.

3.-Cette situation nous pousse à nous retourner vers Dieu et à Lui demander de l’aide, Lui qui veut que nous ayons la Vie et que nous l’ayons en abondance. Attention !!!, que personne ne mette la naissance de ce virus sur le dos de Dieu. Ce n’est pas Dieu qui a voulu cela !!! Ce n’est pas un châtiment de Dieu !!! Penser et dire cela relève presque du blasphème !!! Ne rendons pas Dieu responsable de ce qui nous incombe, de ce qui relève de notre style de vie, de notre façon d’agir, de notre organisation du monde. Alors, revenons à Dieu dans la prière pour Lui demander de nous libérer de ce fléau, mais en prenant nos responsabilités, en agissant avec prudence, intelligence et fermeté, en mettant en jeu tous les moyens dont nous disposons.

4.-Nous vivons normalement en courant d’un côté et d’autre ; c’est mon expérience personnelle, mais je ne pense pas être le seul... La pandémie nous fait nous arrêter, nous oblige à rester à la maison, nous donne du temps pour nous-mêmes et pour la famille... Vous pouvez ajouter d’autres réflexions aux précédentes. L’important c’est de ne pas vivre cette situation en dehors de notre foi. L’important est de nous laisser interpeller et toucher, de tirer du profit spirituel d’un événement qui est, en lui-même, mauvais. Que le Seigneur nous bénisse tous. Restons plus unis que jamais.

+Cristóbal Cardinal López Romero, sdb, Evêque de Rabat

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